Le syndicat italien Unione Sindicale di Base (USB), qui compte environ 250 000 membres, organise avec succès des grèves portuaires contre les transports de matériel de guerre vers Israël. Parallèlement, il est actif dans les secteurs de la logistique, de la santé et de l’agriculture, entre autres, et mobilise avec succès les travailleurs et travailleuses migrantes, qui souffrent particulièrement de conditions de travail précaires. Stefano De Angelis, membre exécutif national de l’USB, parle des luttes actuelles, notamment sous un gouvernement fasciste. Voici son discours du 2 mai 2026, prononcé au 28, Unterer Quai.
Chères et chers camarades, merci de m’avoir invité à participer à ces journées importantes de lutte et de fête.
Dans l’histoire du mouvement ouvrier, le 1er mai est une journée internationale qui célèbre l’obtention de la journée de travail de huit heures ; au fil des ans, il a toujours été le symbole des luttes pour l’avancement des droits et des acquis sociaux collectifs obtenus par le mouvement ouvrier.
Il faut dire que depuis le début du XXIe siècle jusqu’à aujourd’hui, le mouvement ouvrier international a subi un coup d’arrêt dans sa capacité à proposer et à obtenir de meilleures conditions de vie pour l’ensemble de la classe travailleuse et, par conséquent, pour des classes sociales entières. C’est une période marquée par les attaques des classes patronales, ce qui prouve que la lutte des classes n’est jamais terminée. C’est la bourgeoisie et les classes patronales qui la mènent aujourd’hui, en réduisant les droits et en remettant en question les acquis sociaux collectifs.
Ce recul de la classe ouvrière a également un autre protagoniste : la politique réformiste et défaitiste des partis et des organisations syndicales qui, issues des grandes expériences de lutte du siècle dernier, ont progressivement abandonné l’idée d’émancipation de la classe ouvrière, de construction d’une société juste fondée sur la solidarité, sur le respect de tous et toutes, sur la réalisation d’un niveau de vie capable de procurer sérénité et stabilité économique aux familles.
Aujourd’hui, dans un contexte international marqué par le démantèlement du droit international, la violation de toutes les règles et le retour à la loi du plus fort, il incombe au mouvement des travailleuses et travailleurs de remettre au centre la défense de la paix, le respect des peuples et la primauté du bien-être collectif face à l’idéologie politique individualiste qui infiltre tous les domaines.
En tant qu’Union syndicale de base, mais aussi en tant que Fédération syndicale de base, nous affirmons qu’après des années de recul qui se sont traduites par une baisse du pouvoir d’achat, un gel des augmentations salariales, une flexibilité accrue, la précarité, le travail au noir et l’exploitation, associés à la hausse du coût de la vie, au coût élevé du logement, de l’énergie, des produits alimentaires, de la santé et de l’éducation, nous devons remettre au centre des plateformes de lutte qui prônent l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, la baisse du coût de la vie, la salubrité des logements, la mobilité et les services scolaires. Cela ne peut se faire qu’en rendant les classes populaires et les travailleuses et travailleurs protagonistes et conscients de leur rôle central.
Nous estimons que le conflit social, visant l’acquisition de nouveaux droits et de nouvelles protections, doit s’exercer à travers une négociation dont les principes de base sont l’amélioration des conditions de travail et le maintien de chaque droit acquis.
Aujourd’hui, les gouvernements des pays européens, les bourgeoisies et les capitalistes européens sont contraints d’agir au détriment des classes ouvrières et populaires pour préserver leurs profits et leurs privilèges.
Nous ne devons pas leur permettre cela !
Le transfert énorme des ressources publique du domaine social vers les dépenses d’armement, ainsi que le caractère sacro saint des énormes profits supplémentaires du marché de l’énergie en faveur des multinationales, rendent de plus en plus urgente la nécessité d’organiser la contestation syndicale et sociale.
La reprise des conflits, des luttes et des grèves naît en réponse à ces choix politiques.
Nous, l’Union syndicale de base sommes l’organisation syndicale, nous avons dit : « Bloquons tout ! »
Et nous l’avons fait ! Contre le génocide du peuple palestinien et contre la complicité du gouvernement italien avec Israël, nous avons rassemblé des millions de personnes dans la rue et tout bloqué : ports, gares, routes, autoroutes, avec deux immenses grèves générales le 22 septembre et le 3 octobre dernier.
Dans un contexte international où les États-Unis agissent de plus en plus comme un État impérialiste. L’enlèvement du président du Venezuela, le durcissement du blocus économique contre Cuba, la complicité avec le gouvernement terroriste d’Israël, la guerre contre l’Iran et le Liban sont la manifestation évidente de sa politique qui entend résoudre ses problèmes internes en reprenant des politiques bellicistes.
L’Europe est également impliquée dans cette crise ; incapable de mener sa propre action diplomatique, elle s’aligne sur les politiques de réarmement, entraînant les pays de l’Union européenne dans une dangereuse course aux armements et vers une économie de guerre.
L’économie de guerre implique une transformation complète de la gouvernance économique et des systèmes de production. Elle signifie une centralisation du processus décisionnel, une réorientation des chaînes de production vers des technologies à double usage et une militarisation de la recherche et de l’éducation.
Dans ce contexte, les choix concertés de nombreux syndicats réformistes deviennent un facteur de faiblesse pour la classe ouvrière. Après des dizaines d’années de soumission aux politiques patronales, les directions syndicales totalement absorbées par la défense de l’Europe et de l’appartenance à l’OTAN, ne sont pas en mesure de relayer la colère et les difficultés des classes ouvrières et populaires.
Nous estimons, au contraire, qu’un syndicat de classe lie la défense immédiate des intérêts des travailleurs à une critique structurelle du système qui les bafoue. Pour un syndicat de classe, la représentation des intérêts de la classe ouvrière est un point incontournable.
Le syndicat de classe doit dénoncer le réarmement en tant que mécanisme d’accumulation capitaliste et construire un mouvement de masse contre la guerre et pour la paix sociale. Seul un internationalisme du travail – fondé sur la solidarité et l’autonomie – peut défier l’économie de guerre et redonner à la classe ouvrière son rôle d’acteur historique. L’USB, aux côtés de la FSM à laquelle elle est affiliée, défend la nécessité de renforcer le mouvement international des travailleurs anticapitaliste, anti-impérialiste et de classe.
L’un des exemples les plus frappants d’opposition concrète à l’économie de guerre est la mobilisation des dockers organisée par l’USB. Dans les ports de Gênes, Livourne et Civitavecchia, les travailleurs ont bloqué le chargement de marchandises militaires destinées aux zones de guerre, notamment à Israël et à l’Ukraine. Ces actions, menées entre 2021 et 2024, ont mis en lumière le rôle des ports italiens en tant que nœuds logistiques de la guerre impérialiste. L’USB a défendu les dockers qui ont subi des attaques judiciaires et médiatiques, affirmant le droit de grève pour des raisons politiques et éthiques, un principe fondamental du syndicalisme de classe. Cette expérience a marqué un tournant : elle a démontré que la guerre passe par les lieux de travail et que la résistance contre la guerre peut et doit naître des travailleurs eux-mêmes.
De ces expériences s’est développée une mobilisation plus large, qui a uni les luttes contre la militarisation de l’économie, la précarité et la compression salariale, ainsi que les attaques contre les droits syndicaux et la négociation collective. Depuis 2023, l’USB a rassemblé ces revendications dans une plateforme nationale : « Contre la guerre, contre le coût de la vie, pour les salaires, la paix et la justice sociale », sous le slogan « BAISSEZ LES ARMES, AUGMENTEZ LES SALAIRES ».
L’USB va au-delà de la dénonciation et propose un projet social positif : reconversion civile des industries militaires, plans de relance de l’emploi public et de transition écologique, place centrale accordée aux services publics en tant que droits sociaux et rétablissement de la négociation collective comme instrument de pouvoir des travailleurs. Dans cette perspective, la lutte contre le réarmement s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte pour le socialisme et l’émancipation des travailleurs.
Les luttes des travailleurs portuaires et les grèves de l’automne démontrent que la paix se construit par la lutte des classes, et non par des appels diplomatiques. La guerre passe par les usines, les ports et les quartiers populaires. C’est pourquoi le syndicat de classe doit devenir le lieu où les travailleurs organisent la résistance sociale à l’économie de guerre et construisent une société alternative fondée sur le travail, et non sur le profit.
Les grèves organisées ces derniers mois, qu’elles soient générales, sectorielles ou régionales, constituent l’instrument de lutte par lequel les travailleurs mènent le conflit : des grèves contre la guerre aux grèves pour la défense de l’emploi ou pour garantir de meilleures conditions de travail, elles sont l’expression de la résistance de la classe ouvrière.
Mais nous ne nous sommes pas limités aux mobilisations de rue en Italie ; nous avons dialogué avec d’autres syndicats européens et méditerranéens afin de construire l’unité de lutte nécessaire pour contrer les politiques de guerre. L’appel à la grève internationale des ports du 6 février va dans ce sens, et c’est dans cette direction que nous continuons à travailler ces dernières semaines.
Nous avons porté la lutte contre la guerre non seulement dans les ports et les gares, mais nous la menons aussi dans les écoles, les universités, les quartiers populaires et sur tous les lieux de travail.
C’est pourquoi nous estimons que la mobilisation des travailleurs travailleuses sur ce front est le signal de l’opposition concrète que nous devons transmettre à l’ensemble des populations européennes.
Mais la construction d’un syndicat de classe défendant les intérêts des travailleurs et travailleuses doit passer par la pratique quotidienne du conflit sur les lieux de travail, en refusant l’acceptation docile de contrats à la baisse, de nouveaux rythmes de production, de la précarité et de l’exploitation. Nous luttons tant dans le secteur public que dans le secteur privé contre les renouvellements de contrats à la baisse, avec des augmentations inférieures à 6 face à une inflation réelle de 16/17 %,
Malheureusement, il y a encore beaucoup de syndicats qui œuvrent pour faire accepter aux travailleurs la détérioration de leurs conditions avec la logique du « moindre mal » est encore forte.
En Italie, les instituts de statistique nous indiquent que près de 10 millions d’Italiennes et Italiens s se trouvent à la limite du seuil de pauvreté, incapables de payer leur loyer, de se faire soigner ou de mettre sur la table un déjeuner ou un dîner correct.
L’exploitation, la précarité, le travail au noir sont désormais la norme que de larges pans de la population, surtout les jeunes, les femmes et les populations migrantes, sont contraints d’accepter.
Organiser les membres de ces groupes de population est une autre des tâches que nous nous sommes fixées : être aux côtés non seulement des personness sous contrat, mais aussi écouter et prendre en compte les revendications de tous les travailleurs et travailleuses pauvres qui ne savent même pas ce qu’est un contrat de travail !
Nous estimons qu’aujourd’hui, le mouvement syndical se trouve à la croisée des chemins : soit il devient un gestionnaire technique au sein de l’économie de guerre, soit il revendique son rôle historique d’organisation du pouvoir et de la conscience de classe. L’USB choisit la deuxième voie. Construire un syndicat de classe aujourd’hui signifie relier les luttes salariales au mouvement contre la guerre, unir les travailleurs et travailleuses des secteurs public et privé, pratiquer un internationalisme concret et défendre l’autonomie organisationnelle et politique face aux gouvernements et aux employeurs.
Voilà notre recette, voilà notre histoire, mais ce n’est qu’avec l’unité et l’organisation du mouvement ouvrier international, ce n’est qu’avec des objectifs clairs, ce n’est qu’avec du courage et de la détermination, ce n’est qu’en restant jour après jour aux côtés des travailleurs et des classes populaires que nous voulons représenter, que nous pourrons enfin relever la tête.
Vive la solidarité internationaliste
Baissez les armes
Augmentons les salaires
Vive la Palestine
Vive Cuba
BLOQUONS TOUT !!
